jeudi 9 février 2012

Une femme violée est-elle coupable de fornication si elle ne crie pas ?

Chronologie d'une fontaine faisant jaillir le doux et l'amer.

Quant la Watchtower se fait le porte-parole de Dieu et décrète que la victime d'un viol est elle-même tour à tour passible de mort, puis innocente... avant de se raviser... Combien de vies et de consciences prises en otage dans ce manège infernal ? 
Une femme violée est-elle coupable de fornication si elle ne crie pas ? Voici les réponses successives de la Watchtower :



1964
OUI

" Si elle se soumettait aux désirs passionnés de l’homme, non seulement elle se prêterait complaisamment à la fornication ou à l’adultère, mais encore elle se couvrirait de honte. " - La Tour de Garde, 1er octobre 1964, p. 607

Commentaires : le viol n’est pas un acte de passion, mais un acte de violence ! 

" Une chrétienne a le droit de défendre sa virginité ou sa fidélité conjugale jusqu’à la mort. " - La Tour de Garde, 1er octobre 1964, p. 608

" Il s’agit ici d’une question d’intégrité envers les lois de Jéhovah. En aucun cas, vous ne devez vous laisser violer sans résister, car ce serait consentir à un acte de fornication. " -La Tour de Garde, 1er mars 1970, p. 156

Commentaires : la Bible ne dit pas que crier et se battre jusqu’à la mort sont des exigences divines. Des femmes sont mortes sans nécessité pour s’être débattues.

1969
NON

" Le viol est défini comme un acte sexuel illégitime accompli sans le consentement de la femme, par la force, la dureté, l’intimidation... "
" FORNICATION. Rapports sexuels par consentement mutuel, par deux personnes qui ne sont pas unies par les liens du mariage. " - Auxiliaire pour une meilleure intelligence de la Bible, (1969/1971 p518 anglais, 1983/1987 p551 français)

1974
OUI


" Si elle ne criait pas, elle romprait ses relations avec Jéhovah Dieu et la congrégation chrétienne ; elle serait alors exclue de la congrégation et, pour elle, c’était pire que d’être tuée. " - Réveillez-vous!, 8 juillet 1974, p. 14

Commentaires : être violée devient un motif d’excommunication ! La femme est à la fois victime du violeur et coupable vis-à-vis de la Watchtower.

1980
NON

" La réaction courante […] À la peur s’ajoutent souvent la perplexité et la confusion mentale. C’est ce qu’atteste le témoignage d’une jeune fille de 19 ans : ‘ Je ne me suis pas défendue, en partie parce que j’avais peur, mais surtout parce que, dans ma naïveté, je croyais qu’une jeune fille doit faire ce qu’on lui dit. […] Je n’arrivais pas à rassembler mes idées, incapable que j’étais de me défendre devant une attaque aussi soudaine. ’ Cette jeune fille a réagi comme beaucoup d’autres l’ont fait dans les mêmes circonstances. […] Face à la menace, les femmes sont saisies de terreur et deviennent sans défense. […] Le viol est le crime qui connaît l’accroissement le plus rapide aux États-Unis. " - Réveillez-vous!, 8 octobre 1980, pp. 5, 6 (série d’articles " Un danger grandissant : le viol ") 

" Peut-elle infliger quelque dommage que ce soit à l’adversaire ? Certainement, […] la victime peut employer tous les moyens à sa disposition. " - Réveillez-vous! du 8 octobre 1980, p. 12 (intertitre " comment se protéger ")

Commentaires : l’article reconnaît le viol pour le crime violent qu’il est, et non comme de la fornication.

1981
OUI

" Elle lui dit que s’il la touchait, elle crierait comme il n’avait jamais entendu crier, puis elle lui expliqua que si elle n’agissait pas ainsi, elle ruinerait ses relations avec Jéhovah Dieu et avec la congrégation chrétienne. " " Une chrétienne est tenue de résister, car c’est une question d’obéissance à la loi divine qui nous ordonne de ‘ fuir la fornication ’. " - La Tour de Garde, 15 janvier 1981, p. 7

Commentaires : à peine 3 mois plus tard, la Watchtower réaffirme son ancienne position sur le viol en l’assimilant implicitement à de la fornication : si une femme ne crie pas, elle est de nouveau passible d’exclusion.

1983
NON

" Qu’entendons-nous donc par ‘ fornication ’ ? Dans le texte biblique que nous venons de citer, ce mot traduit le grec pornéïa. " " Un homme ou une femme violé de force n’est pas coupable de pornéïa. " - La Tour de Garde, 15 juin 1983, pp. 30, 31 

Commentaires : C'est dans une note en bas de page que la Watchtower déclare sans équivoque que quelqu’un qui est violé de force n’est pas coupable de fornication.

1984
OUI

" [Le violeur] veut la forcer à enfreindre la loi de Dieu en commettant la fornication. "
" Traitez-le avec respect […] La femme qui fait l’objet d’une tentative de viol devrait se rappeler que son agresseur est un être humain. […] C’est pourquoi si une femme ne doit pas se laisser intimider, elle doit néanmoins faire preuve de compréhension. "
" Une mère de famille, qui a pu éviter d’être violée chez elle [...] raconte ce qu’elle a fait : "Mais si je lui cédais, je mourrais finalement, sans l’espoir de ressusciter."  - Réveillez-vous!, 8 mai 1984, p. 24

Commentaires : Un an plus tard, les femmes violées sont de nouveau coupables de fornication. La Watchtower demande que la victime traite son agresseur " avec respect " et fasse " preuve de compréhension ". Le fait d’être violée est un crime offensant pour Dieu et la victime mérite la mort éternelle.

1984
NON

" Pour que la victime soit considérée comme coupable de fornication, il faudrait prouver qu’elle était consentante. " - Réveillez-vous!, 8 septembre 1984, p. 28

Commentaires : quatre mois plus tard, la Watchtower déclare les victimes des violeurs de nouveau innocentes.

1986
OUI

" Vous aurez la conscience nette. (Même si vous êtes violée, vous n’aurez pas sacrifié votre dignité et votre pureté aux yeux de Dieu.) " - Réveillez-vous!, 22 mai 1986, p. 23

Commentaires : la Watchtower insinue que si une femme ne crie pas ni ne résiste, cela démontrera implicitement son consentement. Elle ne sera par conséquent plus pure devant Dieu, et se rendra coupable de fornication.

1986 -1993
NON

" Il est vrai qu’elle [la femme] doit déterminer à quel point sa vie est en danger et agir en conséquence. " - Réveillez-vous!, 8 octobre 1986, p. 28 (sous la pression des lecteurs, rubrique Nos lecteurs nous écrivent)

Commentaires : la Watchtower n’estime plus nécessaire de mourir pour conserver sa pureté devant Dieu et essaie de trouver une échappatoire en déclarant : "Nous pensons que c’est ce qui ressort des conseils donnés dans l’encadré de la page 23 ([Réveillez-vous! du] 22 mai 1986)", ce qui est inexact, puisque la lectrice (ou le lecteur) a justement écrit pour exprimer son inquiétude concernant le bien-fondé des conseils donnés par la Watchtower.

"Idée reçue : La victime d’un viol porte une part de responsabilité si elle ne fait rien pour résister."
"Fait : On définit le viol comme l’action d’avoir des relations sexuelles, quelle qu’en soit la nature, commise par usage de la force ou sous la menace, contre la volonté de la victime."
"Par conséquent, la personne violée n’est pas coupable de fornication."
"Ce n’est pas parce qu’une femme est obligée de se soumettre à un violeur sous l’effet de la terreur ou de l’affolement qu’elle consent à l’acte. Le consentement repose sur la possibilité de choisir en dehors de toute menace ; il est actif, et non passif." - Réveillez-vous!, 8 mars 1993, p. 5

Commentaires : ce qui était présenté autrefois comme une "vérité" absolue devient une "idée reçue" (un "mythe"selon l’édition anglaise de Réveillez-vous!). La Société Watchtower n’accepte d’endosser aucune responsabilité pour la mort éventuelle de femmes Témoins de Jéhovah à cause de cette prise de position et ne présente pas plus d’excuses pour la culpabilité qu’elle a fait porter. Combien de femmes qui ont survécu à un viol se sont détournées d’un Dieu en le pensant dépourvu de compassion ? Combien de femmes violées se sont peut-être suicidées ou se sont tournées vers une vie de débauche parce qu’elles se sentaient rejetées par Dieu et en ont fait de la dépression ?


CONCLUSION


“ De la même bouche sortent bénédiction et malédiction. Il ne faut pas, mes frères, que ces choses continuent à se passer de la sorte. Une source ne fait pas jaillir le doux et l’amer par la même ouverture, n’est-ce pas ? (...) Une eau salée ne peut pas non plus produire de l’eau douce. ” - Jacques 3:10-12. Les nombreux volte-face de la Watchtower sont autant d'humiliations faites aux femmes qui ont subi de graves sévices dans les années 1960-1970, particulièrement en Afrique. Tous ceux qui connaissent l'histoire des Témoins de Jéhovah savent à quel point les viols de femmes ont été innombrables au Malawi et au Mozambique.

Pour avoir obéi aux directives de la Watch Tower, elles sont nombreuses toutes celles qui sont mortes, toutes celles qui ont été affreusement mutilées, toutes celles qui sont estropiées à vie. Jeunes filles, elles attendaient le monde nouveau. Comble de la dérision, elles se sont sacrifiées pour "une idée reçue". A présent, elles ont cinquante ans et plus et traînent leur misère dans les rues de Lilongwe et de Maputo.


Voir également : http://aggelia.be/viol.html 


2 commentaires:

etmoietmoietmoi a dit…

Pourquoi ne parle t-on jamais du viol au masculin ?

Nicodème a dit…

@etmoietmoietmoi.

Les enseignements de la Watchtower à ce propos s'appliquent également aux hommes :

" Notre article parlera des victimes au féminin, mais les principes évoqués s’appliquent aussi à tout garçon ou homme menacé de viol. " - w03 1/2 Questions des lecteurs